PRINCIPES POUR L'ETABLISSEMENT D'ARCHIVES DOCUMENTAIRES DES MONUMENTS,
DES ENSEMBLES ARCHITECTURAUX ET DES SITES
(1996)
(Texte ratifié par la 11e Assemblée Générale de l'ICOMOS, à Sofia, Bulgarie, du 5 au 9 octobre 1996)
Considérant que
le patrimoine culturel est une expression exceptionnelle de l’oeuvre
de l’Homme, et considérant que ce patrimoine culturel
est sans cesse menacé, et considérant que la constitution
d’archives documentaires est l’un des principaux moyens
pour définir le sens et permettre la compréhension,
l’identification et la reconnaissance des valeurs du patrimoine
culturel, et considérant que la responsabilité de la
conservation et de la protection de ce patrimoine culturel incombe
non seule-ment aux propriétaires de celui-ci, mais également
aux spécialistes de la conservation, aux professionnels, aux
responsables politiques et administratifs intervenant à tous
les niveaux des pouvoirs publics, ainsi qu’au public, et considérant
l’article 16 de la Charte de Venise, il est essentiel que les
organismes et les particuliers compétents participent à
l’enregistrement des caractéristiques du patrimoine culturel.
L’objet de ce document
est donc d’expliquer les motifs principaux, les responsabilités,
les principes d’organisation, le contenu, les principes de classement
et de répartition de l’enregistrement documentaire du
patrimoine culturel.
Définition des termes
utilisés dans ce document :
Patrimoine culturel
désigne des monuments, des ensembles architecturaux et des
sites dotés d’une valeur patri-moniale, constituant l’environnement
historique ou bâti.
L’enregistrement
documentaire est la collecte des informations qui décrivent
la configuration physique, l’état et l’usage des
monuments, des ensembles architecturaux et des sites, à des
moments précis, et constitue un élément essentiel
du processus de leur conservation.
Les archives documentaires
des monuments, ensembles architecturaux et sites peuvent
inclure des témoignages tant matériels qu’immatériels,
et constituent une part de la documentation qui peut contribuer à
la compréhension du patrimoine et des valeurs dont celui-ci
est porteur.
LES MOTIFS
DE L’ENREGISTREMENT DOCUMENTAIRE
1. L’enregistrement documentaire du patrimoine culturel est
un acte essentiel, car il permet :
a) de faire progresser
la connaissance et la compréhension du patrimoine culturel, de
ses valeurs et de son évolution ;
b) de susciter l’intérêt et l’implication
de tous pour la préservation du patrimoine grâce à
la diffusion des informations enregistrées ;
c) d’assurer une gestion et un contrôle pertinents des
travaux ou de toute modification concernant ce patrimoine culturel
;
d) de s’assurer que l’entretien et la préservation
du patrimoine respectent ses caractéristiques physiques, ses
matériaux, ses modes de construction et sa signification historique
et culturelle.
2.
L’enregistrement documentaire doit être entrepris à
un niveau de précision permettant : a) de fournir l’information
nécessaire pour l’identification, la compréhension,
l’interprétation et la présentation du patrimoine,
et pour promouvoir l’implication du public en sa faveur ;
b) de fournir un enregistrement permanent de tous les monuments,
ensembles architecturaux et sites qui peuvent être détruits
ou altérés de quelque manière que ce soit, ou
du fait de risques naturels ou des activités humaines ;
c) de fournir l’information aux administrateurs et planificateurs
aux niveaux national, régional ou local afin de permettre des
politiques et des décisions adéquates dans les domaines
de la planification et du contrôle du développement ;
d) de fournir l’information nécessaire pour la détermination
d’un usage approprié et durable, et pour définir
les mesures efficaces en matière de recherche, de gestion,
de programmes de conservation et de travaux de construction.
3.
L’enregistrement documentaire du patrimoine culturel doit être
considéré comme une priorité et doit être
entrepris notamment : a) à partir des inventaires méthodologiques
conduits aux niveaux national, régional ou local ;
b) en tant que partie intégrante de toute activité
de recherche et de conservation ;
c) avant, pendant et après toute campagne de réparation,
de modification, ou toute autre intervention sur un élément
patrimonial, et lorsque des témoins de son histoire sont mis
au jour à l’occasion de tels travaux ;
d) en cas de démolition, de destruction, d’abandon ou
de déplacement, en totalité ou en partie, ou lorsque
le patrimoine est en danger du fait de facteurs extérieurs,
humains ou naturels ;
e) à l’occasion ou à la suite d’un événement
accidentel qui a porté atteinte au patrimoine culturel ;
f) quand intervient un changement de l’usage, ou de la responsabilité
de la gestion ou du contrôle.
RESPONSABILITÉ DE L’ENREGISTREMENT
DOCUMENTAIRE
1. L’engagement au niveau national pour conserver le patrimoine
requiert un engagement équivalent en faveur du processus d’enregistrement
documentaire.
2. La complexité des processus d’enregistrement et d’interprétation
requiert des individus avec une technicité, une connaissance
et une conscience adéquates à la conduite coordonnée
des tâches. Il peut être nécessaire de mettre en
place des formations en ce sens.
3. En particulier, le processus d’enregistrement documentaire
peut associer en étroite collaboration des intervenants spécialisés
: spécialistes en relevés du patrimoine, inspecteurs,
conservateurs, architectes, ingénieurs, chercheurs, historiens
de l’architecture, archéologues spécialement de
la prospection de surface ou de la stratigraphie, et autres conseillers
spécialisés.
4. Tous les gestionnaires du patrimoine culturel sont res-ponsables
de la réalisation d’un enregistrement documentaire adéquat,
de la qualité et de la mise à jour de la documentation.
ORGANISATION DE L’ENREGISTREMENT DOCUMENTAIRE
1. En amont de
la constitution de toute nouvelle documentation, il convient de rechercher
et d’évaluer toutes les sources existantes.
a ) Les formes de documentation susceptibles de livrer de telles informations
sont les fonds de relevés d’architecture, de dessins,
de photographies, de rapports et descriptions publiés ou inédits,
et tout document concernant les origines ou l’histoire de l’édifice,
de l’ensemble architectural ou du site.Il est important de mener
cette recherche dans la documentation tant récente qu’ancienne
;
b) La documentation existante
doit être recherchée tant dans les archives publiques
nationales ou locales, que dans les archives professionnelles, institu-tionnelles
ou privées, dans des inventaires et des collections, dans des
bibliothèques ou des musées ;
c) La documentation doit
être recherchée en consultant les individus et les institutions
qui ont possédé, occupé, relevé, construit,
conservé ou étudié le monument, l’ensemble
architectural ou le site ou qui en possèdent une connaissance
particulière.
2. Découlant de cette recherche en amont, le choix de l’étendue
appropriée, du niveau et des méthodes d’enregistrement
documentaire implique :
a) que les méthodes
d’enregistrement et le type de documentation produite soient
appropriées à la nature du patrimoine à traiter,
à l’utilisation qui sera faite de cette documentation,
au contexte culturel, enfin aux moyens financiers ou autres dont on
dispose. La limitation de ces moyens peut nécessiter une approche
progessive par phases de l’enregistrement documentaire. De telles
méthodes peuvent inclure la description et l’analyse
écrites, la photographie (aérienne et terrestre), la
photographie rectifiée, la photogrammétrie, l’étude
géologique, la cartographie, les relevés métrés,
les dessins et croquis, les copies ou le recours à d’
autres technologies traditionnelles ou modernes ;
b) que les méthodes
d’enregistrement utilisent, dans toute la mesure du possible,
des techniques non agressives et ne portent aucune atteinte à
l’objet à étudier ;
c) que soient clairement
définis un objectif en fonction du domaine étudié,
et une méthode d’enregistrement documentaire appropriée
;
d) que les matériaux
utilisés pour constituer la documentation définitive
résistent durablement à l’archivage.
CONTENU DES ARCHIVES DOCUMENTAIRES
1. Toute documentation
doit être identifiée par :
a) le nom de l’édifice, de l’ensemble architectural
ou du site ;
b) un numéro de
référence unique ;
c) la date d’établissement
de la documentation ;
d) le nom de l’organisme
responsable de l’enregistrement ;
e) le renvoi à la
documentation et aux rapports relatifs à la construction, aux
documents photographiques, graphiques, textuels ou bibliographiques,
à la documentation concernant l’archéologie et
le milieu ambiant.
2. La localisation et l’emprise du monument, de l’ensemble
architectural ou du site doivent être indiquées avec
précision; elles peuvent être établies par une
description, des cartes, des plans ou des photographies aériennes.
En secteur rural, les références cartographiques ou
une triangulation à partir de points connus peuvent constituer
les seules méthodes valables. En secteur urbain, une adresse
ou l’indication de la rue peut suffire.
3. Dans la nouvelle documentation
doivent être précisées les sources de toute information
qui ne ressort pas directement de l’étude du monument,
de l’ensemble architectural ou du site.
4. La documentation doit
comprendre, selon le cas, tout ou partie des informations suivantes
:
a) le type, la forme et les dimensions de l’édifice,
de l’ensemble architectural ou du site ;
b) les caractéristiques
intérieures et extérieures, selon le cas, du monument,
de l’ensemble architectural ou du site ;
c) la nature, la qualité,
l’intérêt culturel, artistique et scientifique
de l’élément patrimonial et de ses diverses parties
constituantes, ainsi que l’intérêt culturel, artistique
et scientifique :
- des matériaux,
parties constituantes, construction, décoration, ornements
ou inscriptions,
- des fonctions, équipements et machineries,
- des structures auxiliaires, des jardins, du paysage et des caractéristiques
culturelles, topographiques et naturelles du site ;
d) la technologie traditionnelle
et moderne et les savoir-faire utilisés dans la construction
et l’entretien ;
e) toute indication permettant
d’établir la datation de la construction originelle et
son évolution ultérieure, le projet initial et son auteur,
son propriétaire, son usage et sa décoration ;
f) toute indication permettant
d’établir l’histoire de son utilisation, des événements
qui lui son liés, des mo-difications de la structure ou du
décor, et les effets de contraintes extérieures, humaines
ou naturelles ;
g) l’historique de
sa gestion, de son entretien et de ses réparations ;
h) des éléments
ou échantillons représentatifs des procédés
constructifs ou des matériaux locaux ;
i) une étude de
l’état actuel de l’élément patrimonial
;
j) une étude de
la relation visuelle et fonctionnelle entre le monument et son environnement
;
k) une étude des
conflits ou menaces provenant de causes humaines ou naturelles, ou
du fait de la pollution ou de l’utilisation des terrains environnants.
5. Selon le but poursuivi dans la constitution de la documentation
(cf. supra section 1.2), le niveau du détail requis variera.
Des réponses systématiques, même succinctes, apportées
aux rubriques énumérées ci-dessus, constitueront
dans tous les cas des renseignements précieux sur le plan local
pour la bonne gestion de l’urbanisme et de la construction.
Toutefois le propriétaire de l’édifice ou du site
devra disposer, pour assurer sa conservation, son entretien et sa
gestion, d’un dossier plus détaillé.
GESTION ET RÉPARTITION DES ARCHIVES DOCUMENTAIRES
1. L’exemplaire original de cette documentation doit être
conservé dans des conditions de sécurité suffisantes
pour assurer son intégrité et sa protection contre toute
forme de dégradation, conformément aux normes internationales.
2. Un double intégral
de cette documentation doit être conservé en sûreté
dans un emplacement différent.
3. Des copies de ces archives
documentaires doivent être accessibles aux autorités
légales, et, dans des conditions appropriées, aux professionnels
concernés et au public, à des fins de recherche, de
contrôle de l’aménagement et pour tout autre processus
administratif et juridique.
4.Les archives documentaires
mises à jour devraient être facilement accessibles, si
possible sur le site même, pour servir aux recherches sur le
patrimoine, à sa gestion, à son entretien et à
la réparation des sinistres.
5. Ces archives documentaires
devraient répondre à un format standardisé et,
dans la mesure du possible, être indexées pour faciliter
le traitement et la recherche de l’information aux niveaux local,
national et international.
6. L’établissement,
la gestion et la répartition des informations enregistrées
requierent, partout où cela est possible, le recours réfléchi
et approprié à la technologie contemporaine de traitement
de l’information.
7. Le lieu de consultation
de ces archives documentaires doit être rendu public.
8. Une présentation
des principaux résultats de toute collecte documentaire doit
être diffusée et publiée selon les modalités
appropriées.